Who’s who

Guillaume de Veyronna

Né en 1072 d’un essarteur de passage et d’une mère paysanne morte en couche, il est le frère de lait du seigneur laïc de Veyronna, de Saint Marcel et d’Atticieux : Garis de Solencenas.
A ses cotés, il apprend le maniement d’arme, à lire et écrire ainsi que quelques notions de politique.A la mort de De Solencenas en 1095, trahit et ruiné par son cousin Siebodus, (prieur de Saint-Martin-de-Bocio, qui vendit contre sa volonté la moitié de l’église de Veyronna et de ses dépendances à l’abbé de Saint Pierre de Vienne), Guillaume de Veyronna, las de la tyrannie exercée alentour par l’archevêché de Vienne aux ordres du Pape et craignant pour l’avenir de sa famille, décide de s’affranchir et de former une ghilde en ralliant toutes les bonnes volontés (aux motivations parfois obscures mais utiles) afin de protèger les honnêtes gens du pays des eaux libres et de leur garantir le retour du travail de leurs mains.Pour tromper la vigilance des milices cléricales la ghilde, menée par Guillaume, trouve refuge au-delà de l’antique enceinte des Trois Dents sous le Mons Pilatus, d’où son nom : La Ghilde des Trois Dents.Là-haut, la vie s’organise et chacun y a sa place selon ses compétences. Cependant, parce qu’il faut bien manger, De Veyronna et sa ghilde louent leurs services d’armes à quiconque en fait la demande sonnante et trébuchante, pour peu que la cause lui paraisse juste et que la table soit bonne.Guillaume, personnage complexe, idéaliste mais pragmatique, parfois intransigeant mais souvent diplomate, indécis mais déterminé, sait écouter les conseils souvent avisés de ses camarades en particulier autour d’une pichée à la Taverne du Loup Fiole …

Guillaume de Veyronna
aime son épée et sa femme (dans cet ordre !)
déteste ce qui n’a pas son aval et les boucliers en osier
fait ce qui lui plait (c’est le chef après tout) mais sait rendre service
a pour devise : exalare anima, conveniunt ! sed quibus ? (rendre l’âme, d’accord ! mais à qui ?)

 

Courtes pattes

« Courtes pattes » était apprenti forgeron dans les forges de l’Oisans dont le minerai et le charbon était directement tiré des mines des montagnes avoisinantes. Une légende dit que l’on n’y trouvait pas que du charbon… et que d’autres métaux ou pierres précieuses pouvaient faire la fortune d’un mineur.

Ces forges étaient réputées en particulier pour leur qualité dans la réalisation d’épées et autres armes de combat. Le maitre forgeron, dont le passé était obscur, avait une devise : avant de forger une épée, on doit apprendre à s’en servir, afin d’en appréhender le poids, l’équilibre, la force et alors pouvoir connaitre comment donner à l’acier la forme, la résilience et la dureté voulue en chaque point de la lame.

C’est ainsi que tard dans la nuit, à la lueur de la forge où à l’abri des regards, dans une clairière de l’épaisse forêt des Combes, le maitre forgeron enseignait à courte-patte l’art du maniement d’une arme… y passant parfois plus de temps que pour l’apprentissage de la forge !

Un soir, le village fut attaqué et mit à feu et à sang par une milice cléricale.
Courte-pattes réussit à sauver sa peau et celle de sa famille, mais le village fut brûlé et la forge
disparut sous les flammes. Ramassant ça et là des armes et quelques objets sur le champ de bataille, Courte-patte erra plusieurs semaines dans les chemins et les bois, avec sa femme et ses deux filles à la recherche d’un refuge.

Ils longèrent la Romanche et traversèrent le Vercors puis les Terres Froides. Ces Terres n’étaient pas sures et les filles étaient fatigués par ce long voyage. Il cherchèrent alors à se réfugier dans le mont Pilatus et c’est ainsi que le hasard les amena à St Sabin.

Ils y croisèrent la Ghilde des Trois Dents, alors seulement formée d’une petite poignée de membres et Courte-Pattes y échangea ses services contre la sécurité offerte par les hommes en armes de cette petite troupe.

Courtes-pattes est toujours prêt allumer un feu, pour peu que l’on puisse y faire rougir un bout d’acier. Courte-pattes est toujours prêt à rendre service en forgeant différents objets pour ses camarades, mais il n’aime pas lorsque l’on s’approche trop prêt de la forge. il peut même se fâcher lorsqu’on lui demande d’éteindre le feu pour les besoins de discrétion du campement.
Peu enclin au combat, courte-pattes à souvent besoin d’être poussé pour y aller mais une fois la bataille engagée Il faut s’écarter de lui car il ne fait plus guère la différence entre ses camarades et ses ennemis, frappant çà et là jusqu’à ce que plus rien ne bouge autour de lui.

Courtes-Pattes
apprenti forgeron et compagnon d’arme aime frapper sur la tête de ses ennemis, la bonne ripaille, le bon vin et les femmes… (pardon,… LES bons vins, et SA femme)

 

Audeber de Malval

Second fils de Aldeber de Malval, puissant seigneur de la Marche, Audeber eu une enfance heureuse et sans soucis à l’abri dans le château familial. Mais, à l’age de 15 ans, et comme le veut la tradition, il apprit que son père le destinait à rejoindre les ordres, alors qu’Alibert, son frère ainé était lui, préparé à la succession de son père.

Se refusant à ce destin, Audeber profita du voyage l’emmenant à l’abbaye de Prébenoit, ou il devait prononcer ses vœux, pour s’enfuir, non sans regret. Cherchant à mettre de la distance entre lui et la colère de son père, Audeber se dirigea d’abord vers le Berry, contré qu’il connaissait, pour finalement redescendre dans les terres d’Auvergne.

Là, Audeber chercha l’aventure, mais surtout une maigre pitance, peu habitué à la disette. Il loua alors ses services, bien souvent pour des travaux agraire, en échange d’une paillasse et de
nourriture … Voyageant d’un domaine à l’autre, Audeber dû souvent se débrouiller seul, notamment face à des brigands sans scrupules. Heureusement, les leçons reçues sur le maniement d’arme par son père en compagnie de son frère lui furent utiles !

C’est lors d’une veillée dans une ferme des environs d’Yssingeaux qu’Audeber rencontre un colporteur qui lui parle d’une troupe se rassemblant dans le Pilat afin de lutter contre l’archevêché de Vienne, abusant de son pouvoir.

Décidément, les vieux fantômes sont tenaces ! Se sentant solidaire de ces hommes et femmes, Audeber Pris alors la route pour les rejoindre et fût ainsi accueilli avec chaleur dans la ghilde des 3 dents !

Malgré son exil, Audeber ne désespère pas un jour retourner en son pays, cherchant alors à se distinguer par des faits d’armes pour faire la fierté de sa famille.

Audeber de Malval, dit le braillard
combattant, habile en haubergerie, aime également forger
aime : se retrouver au coin d’un feu pour bien se marrer
n’aime pas : qu’on lui impose ses idées
a pour devise : In diem vivere e vitam evadere

 

Aubrée de Casteljaloux

Albin de Casteljaloux, ayant eu la bonne grâce d’être puisné et de ne point vouloir le subir, partit très jeune en Terre Sainte, c’était la mode, servir celui que sa région et sa langue désignèrent de fait : Raymond de Tripoli. Il fut rapidement proche du comte qui lui offrit des terres dans le comté du même nom.

C’est là qu’Aubrée vit le jour en l’an de grâce 1172. La vie était douce, insouciante, malgré la perte très précoce de sa mère. C’est Asma, sa nourrice maure, qui s’occupa d’elle dans un délicieux mélange culturel. Ils cultivaient toutes sortes de plantes, des cèdres, et produisaient des huiles essentielles qu’Aubrée s’amusais à utiliser pour toute sorte de soins. Bien sûr, son père était le plus fort et elle était en adoration devant lui. Elle buvait ses récits de voyages et de combats, apprenait le maniement de l’épée à ses côtés.

Jusqu’à ce jour de la bataille d’Hattin. Aubrée avait alors 15 ans et regardait son père se préparer au combat, inhabituellement anxieuse. Quelle pulsion stupide eut-elle à cet instant ? Nul ne le sait. Le fait est qu’elle s’équipa à son tour, en cachette, et partit avec lui. Jamais expérience fut plus terrible, plus effroyable que celle-là. Nombre d’entre les Francs moururent de soif et de chaud avant même la bataille. Dès le premier assaut, se fut une boucherie. N’écoutant que son courage, Aubrée s’écroula au sol et fit la morte. Autour d’elle, chevaliers et sarrasins se massacraient, tombaient un à un. Son père comme les autres. Il mourut sous ses yeux. Couchée à ses côtés, la main sur son épée, elle resta immobile jusqu’à ce qu’elle puisse rejoindre Raymond de Tripoli et se mettre sous sa protection.

Malgré la prise en main du domaine de son père et affaiblie par la mort du comte, survenue quelques mois après la bataille, Aubrée était très seule au milieu des vautours. Elle comprit alors que c’en était fini pour elle de la Terre Sainte. Les massacres, les quêtes de pouvoir, la destruction de cultures immensément riches, la dégoûtaient jusqu’à la nausée. Et puis elle avait soif de découvertes. Il fallait qu’elle parte.

Commençait alors un long périple, riche et dangereux, du comté de Tripoli jusqu’aux terres d’Al Andalus. Pour gagner sa vie, Aubrée s’arrêtait en chemin dans les hôpitaux arabes, monnayant quelques soins, en apprenant d’autres. Après plusieurs années en Al Andalus, elle se dit qu’il était temps de rejoindre Casteljaloux et la famille de son père. Elle se joignit alors, pendant de longs mois, à une troupe de troubadours et de comédiens, pour ne point voyager seule et enfin gagner l’Occitanie. Ils sillonnèrent ensemble le pays, tournèrent autour de la Gascogne, le pays de son père, sans qu’elle n’ose jamais y glisser une chausse.

En remontant la vallée du Rhône, elle décida de quitter la troupe, ne souhaitant point s’éterniser en Royaume de France. Elle prit donc à l’ouest, seule, pour rejoindre enfin Casteljaloux. Mal lui en prit car elle fut surprise au détour de la route de Saint Sabin par une bande de marauds avinés. Lorsqu’il est question de sa posture, Aubrée devient plus efficace que sur les champs de bataille et les années d’errance l’avaient aguerrie. Elle tira son épée et se défendit avec rage. Malgré tout il lui plut de voir d’autres lames se mêler tout à coup à la sienne. En effet, dépossédé de quelques tonnelets d’hypocras par ces marauds, Godevain du Lazare, qui tenait autant à son vin qu’Aubrée à son intégrité, menait avec fureur une bande de gosiers desséchés toute aussi enragée que lui, pour récupérer son bien. Ils les libérèrent donc, les tonnelets et elle. Pour se remettre de leurs émotions, le mestre de cette troupe, Guillaume de Veyronna, invita Aubrée à les accompagner jusqu’à la taverne de Godevain.

Il avait l’air d’y avoir un peu de tout, dans cette troupe disparate, mais communes étaient la chaleur et la bonne humeur. Les femmes l’accueillirent avec le sourire et les hommes avec le vin. Il ne lui en fallait pas plus pour se sentir bien et la faire rester.
Aubrée posa donc sa besace à la Ghilde des Trois Dents. Peu de temps après, elle rencontra Michael, un architecte bâtisseur, et son fils, Quentin. Ils eurent deux enfants, Amaury et Aliénor.
Il semblerait bien que certaines racines trouvent enfin terres à leur goût …

Intuitive, fière, Aubrée n’aime pas recevoir des conseils qu’elle n’a pas demandé et contrarie les plans de quiconque lui impose arbitrairement les choses. Juste pour le principe.
Enthousiaste et pour peu qu’elle soit en confiance, elle suivrait jusqu’au bout du monde la compagnie tant que c’est dans le cadre qu’elle s’est dessiné. Elle essaie et rêve de n’appartenir à personne, mais éprouve un peu trop d’amour et d’amitié pour ça.
Cada pichot ancelo a son pichot coratge (A chaque petit oiseau son petit courage)
Ego sum dominus fati, sed sum princeps anima mea (Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme)

 

Antoine de Fay

Né en l’an de grâce 1174, second et dernier fils de Pons de Fay et d’Agnès de Polignac, seigneurs de Virieu et de Malleval et sa passe commerciale. Promit à devenir chevalier, il reçoit une éducation martiale, tout en apprenant à lire et à écrire.
En 1189, à l’annonce de la Croisade par Grégoire le septième, Pons son père ainsi que sa descendance prennent la croix et rejoignirent le bon Phillipe II Roy des Francs. Néanmoins, l’intention n’était soutenue autant par la foi que par l’envie de nouveaux fiefs en Terre Sainte. Ainsi, en cet an 1189 fut celui où Pons vendit ses fiefs et possessions pour financer le long voyage. Mais ce fut en désaccord total avec Antoine, qui luy, refusa de porter la croix et partit vers l’Ouest pour garder la possession de Malleval et prêter allégeance au Comte du Forez.
Cependant, ce fût à sa grande surprise (et colère), qu’il vit les bannières dudit Comte sur les murs de Malleval, fief qui luy revenait par droit du sang, c’était le château, le village et les taxes de passage qui avait été pris par le Comte, profitant de l’absence des membres pour s’en emparer. Ne sachant plus où aller, n’ayant plus qu’une armure, une épée et une revendication (le destrier que l’on devait luy préparer à Malleval n’était plus le sien désormais), il erra et offrait ses services contre pitance, bien que souvent il servait de force de dissuasion entre conflits de vilains et serfs. C’est un soir d’hiver glaciale qu’il trouvât pitance et couché dans la taverne du Loup Fiole où, un certain Benòni lui proposa (après avoir failli à détrousser Antoine) de se joindre à la Ghilde des 3 Dents.
Il trouverait un appui à ses revendications en échange de bons & loyaux services pour Guillaume de Veyronna. Ce qu’il acceptât. Bien qu’il soit retissant quand à la position de Guillaume face à l’Evêque de Vienne, il est toujours prêt à dégainer sont épée pour le servir.Antoine de Fay
aime : Manger, rigoler et se battre.
déteste : qu’on lui répète tout le temps la même chose, se battre contre la compagnie Excalibur (pas par
peur) et les cimeterres.
Sait : combattre et forger
qualités: loyauté et hardiesse
défauts : sa suffisance et son cynisme
À pour crie de guerre : Montjoy ! Crains mon nom !
À pour devise : Plutôt rompre que plier !

 

Benòni

La jeune histoire de Benòni n’a rien d’exeptionnelle. Issu de famille humble dans un village de Provence, il fût envoyé dès son prime âge en internat, pour devenir scolaire. Le jeune moine faisait preuve de curiosité pour les sciences et l’hisoire. Son travail et sa quiétude fûrent appréciés bien qu’il restait un jeune homme un peu inconventionel.

Les années passèrent. Et en secret, à chaque fois qu’il le put, Benòni assista aux réunions organisées par les « Parfaits ». Il découvrait une autre voie, plus juste à ses yeux, mais aussi désaprouvée par Rome. L’hérésie. La Foi hérétique crût en lui, et au fil des années il se prit à rêver au jour où il aurait le courage de renier ses frêres, pour devenir un « Bonhomme ». Lorsque la rumeur se répandit, l’Abbé vit en lui un moyen de faire un exemple et d’assouvir sa soif de sang. Plutôt en avance sur son temps il décida d’allier à la punition pour les pensées impure, de nombreuses expériences visant à expurger le Malin et l’Hérésie de l’âme de Benòni.

Des mois durant, Benòni fut privé de tout. De lumière, de nourriture. Les dernières semaines la torture commença. Difficille de décrire un quotidien comme celui-ci, sombre et hurlant.

Par une douce douce nuit de printemps 1105, l’Abbé savourait les cris de Benòni à l’aide d’un tisonnier chauffé au rouge. Ce dernier ayant résussi à dégager ses main en feignant l’inconcience il profita de ce qui serais sûrement sa seule chance. Saisissant le tisonnier encore brulant il déchira l’air. L’Abbé grogna et cracha avant de s’effondrer, et le vieux diacre qui l’assistait fût stoppé dans sa fuite par un brasero lancé en pleine poitrine. Il avait rendu son dernier souffle avant de toucher le sol.

Alerté par le vacarme un homme barbu et massif vint preter assistance à l’Abbé. Nu sous une simple tunique de lin fine, une pomme entammée à la main. Benòni le reconnu, cétait un croisé de retour de terre sainte avec une caravane de pélerins. Il rentrait chez lui, et la commanderie voisine étant comble, il passait quelques jours au sein de l’abbaye. Et il n’avait pas remarqué l’ombre tremblante derrière la porte. Au moment où, inquiet, il s’abaissait sur l’Abbé, un tisonnier lui passa dans la gorge et une massette s’abatit sur son crâne.

Et alors qu’un incendie se déclarait, Benòni fuit ver la loge du croisé et s’arma des effets du défunt, prêt à tuer de nouveau pour sa liberté.

Les moines réveillés par le brasier sonnèrent l’alarme, et ceux qui croisèrent l’Hérétique fûrent massacrés sans sommation. Un jeune clerc choqué jura avoir vu, derrière le haume, briller un sourire dans les yeux du meurtrier.

Des jours de marche loin de la civilisation, se nourissant de larcins dans les vergers. En quelques semaines Benòni n’avait toujours pas été pris, il avait traversé les gorges du Vivarais, continuant vers le nord, en s’écrivant une nouvelle histoire. Il serait désormais « LeTurcque » Croisé normand de retour de la Principauté d’Antioche. Il aurait même participé au siège de celle-ci sous les commendements de Bohémond le Grand, sept ans auparavant.

Quelques jours plus tard, un matin, suivant la frontière du Dauphiné et du Forez la long d’un sentier de chèvre il tomba face à Guillaume de Veyronna. Accompagné de ses chiens d’arrêt et arbalette en main. Le noble était simplement en chasse sur ses terre, le mont Pilat. Le Turcque qui crût que ses poursuivant l’avaient retrouvé, saisi la lame du croisé devenue sienne, prêt à mourir, ou s’il avait un peu de chance, mourir vite. Le juste Guillaume déposa l’arbaleste et mit arme au clair.

Le Turcque raconta son mensonge. Il connaissait l’Histoire, et était bon horateur. Mais sa posture était déséquilibrée, sa garde ouverte et lâche, ainsi que sa maille déjà rouillée et son tabard maculé de boue et de sang.

Guillaume éclata de rire, d’une passe il déséquilibra le « croisé vétéran » et referma sa main gauche sur sa gorge.

 

Après lui avoir raconté son histoire, le Turcque vit Guillaume sourire. Ils passèrent le reste de la journée à peaufiner le mensonge. Sûrs que si le Mestre acquiéçait, son histoire tiendrait. Son entraînement commenceraît sur le champ, et il devrait probablement de nouveau tuer pour vivre, l’éloignant encore un peu plus de sa Foi, mais lui garantissant la liberté.

Le Turcque espérait juste que lorsque l’obstination qu’il mettait à refuser l’alimentation carnée le trahirait, ses nouveaux compagnons de la Ghilde le comprendraient.

 

Audoin le croisé

Audoin est fils de fermiers, serf du baron Aymard II de Bressieux en terre dauphinoise. Quand il ouït dire que son Seigneur prenait la croix pour aller secourir le saint Sépulcre en outre-mer, à l’appel de Bernard de Clervaux en 1145, Audoin s’empressa de faire savoir qu’il était volontaire pour se joindre à l’expédition parmi les hommes du train de l’armée prévue pour sauver le comté d’Edesse tombée aux mains des infidèles. Comme il a appris la forge auprès du maréchal ferrant du château, il s’est dit qu’il pourrait rendre service auprès de l’armée des pèlerins.

Le Baron de Bressieux était client du dauphin, lui-même vassal de l’empereur germanique Konrad III. C’est pourquoi, après deux ans de préparation, Aymard amena son équipage à Mayence pour rejoindre l’armée de l’empereur. Audoin a profité de ces deux ans pour parfaire sa maîtrise de la forge, mais aussi pour apprendre à manier la lance et le bouclier si jamais l’arrière ban devait être convoqué pendant le pèlerinage en terre sainte.

Il supporta les alea du voyage avec, courage rendant service aux hommes de son seigneur du mieux qu’il put et ce malgré les embuches posées par l’empereur byzantin, Manuel 1er Comnène, au moment de passer le Bosphore et de traverser la Cappadoce.

Konrad III était pressé d’en découdre avec les Sarrazins et n’attendit pas le renfort de Louis VII roi de France pour assiéger la ville de Dorylée défendue par les turcs Seldjoukides. Le 25 octobre 1147, ce fut le massacre des croisés. La demi-armée de Konrad fut mise en déroute. Le Baron de Bressieux fut ramené blessé au camp avant la sortie fatale des turcs et voilà que, dans la débandade, personne ne pris soin d’évacuer le Baron dont la jambe avait été atteinte d’une flèche traitresse lors de sa retraite. Audoin, fidèle à son serment d’hommage, défendit son seigneur en se servant de l’épée même du Baron contre des turcs enragés. Faisant appel aux ressources de sa foi et de son courage, il réussit à faire monter Aymard sur son palefroi, et l’enfourchant également, il parvint à s’enfuir pour tenter de rejoindre l’armée croisée retraite. Mais le poids des deux hommes – revêtus de fer – ralentit leur monture. Audoin prit sur lui de dévier de la route de de rester caché quelques jours dans la campagne entre Nicée et Dorylé.

Audoin soigna comme il put le Baron Aymard, tant et si bien que la plaie ne s’infecta pas. Il confia cependant son protégé à une famille de paysans chrétiens des environs puis regagna Nicée ou se rassemblait les résidus de l’armée.

Quelques jours plus tard il revint chercher son maître avec une monture fraiche. Tous deux retrouvèrent ensuite l’empereur Konrad à Smyrne ou ils s’embarquèrent pour Acre enfin rejoints par l’armée des pèlerins du roi Louis VII.

Aymard II devait sa vie à ce simple forgeron qui s’était montré vaillant au combat et avait défendu son seigneur avec ténacité. Ainsi se montra-t-il juste, magnanime et généreux envers son jeune client. C’est au cours de leur visite à Jérusalem que le baron Aymard II de Bressieux adouba Audoin pour faire de lui un chevalier de sa garde rapprochée, lui promettant un fief en sa terre dauphinoise. La cérémonie eut lieu dans la basilique du Saint-Sépulcre. Le baron équipa lui-même son nouveau chevalier : il le revêtit du haubert et le para du tabard frappé du sceau de la croix placé au niveau du cœur.

Le pèlerinage n’en était pas pour autant fini et le concile d’Acre prit la décision funeste d’assiéger l’imprenable Damas… Il s’en fallut de peu pour qu’Audoin ne réchappât point de ce siège catastrophique, en ce 28 juillet 1148. Aymar et Audoin étaient dans l’arrière garde de Konrad III, ils s’illustrèrent par leur bravoure à défendre la retraite à Jérusalem face à l’armée de secours de Nour ad din dont les archers n’eurent de cesse de harceler les croisés tout au long du chemin.

Suite à ce nouvel échec, Louis VII et Konrad III décidèrent de rentrer en leurs royaumes et quittèrent la Terre Sainte sans avoir remporté de victoire militaire… Aymard II décida de les suivre et de ne pas s’implanter en Palestine. Audoin serait bien resté pour rejoindre les chevaliers de l’Hôpital de Saint Jean de Jérusalem, séduit qu’il fut par sa visite du Krak des Chevaliers au retour de Damas. Il se voyait également s’engager dans l’humble milice du Christ pour brandir le beaucean parmi les chevaliers du temple et protéger les pèlerins des attaques intempestives des brigands, pillards et infidèles. Il choisit la fidélité à ce seigneur Baron qui l’avait fait chevalier.

Le retour se fit sans incident, jusqu’à l’arrivée en la baronnie de Bressieux… le châtelain qui tenait la place au nom du Baron croisé, las de ne pas voir son suzerain rentrer, en profita pour prendre possession des lieux après avoir fomenté la séquestration de la Baronne et de ses enfants. Pour son malheur, la famille d’Audoin était compromise avec le traitre… Avant le siège, le baron convoqua Audoin pour lui imposer un choix : renier sa famille et combattre contre elle pour reprendre le château et bénéficier du fief promis, ou… l’exil. Dure récompense pour quelqu’un qui avait tout risqué pour protéger le tombeau du Christ en Terre sainte et sauvé son suzerain au péril de sa vie. Il choisit l’honneur… et l’exil, devenant dès lors chevalier errant. Il s’en alla donc en royaume de France quérir la fortune des chevaliers de sa race, sans haute naissance, sans garantie du pain quotidien, ni de l’abri pour la nuit.

Après avoir franchi le Rhône sur le Bac de Champagne avec son destrier et son maigre équipage, parcourant la route du Puy, il rencontra deux hommes d’arme qui revenaient du service d’un nobliau de la contrée. Ils appartenaient à la Ghilde des Trois Dents dont la communauté franche s’était installée au pied du Pilat depuis plusieurs décennies. Les deux compères lui proposèrent de les rejoindre car un homme de valeur de plus comme Audoin ne serait pas du luxe. Le travail ne manquait en effet pas et la ghilde était en train de se faire un nom… Quand il fut accueilli, on lui demanda son nom et son lignage. Il répondit simplement : « je suis messire Audoin… Audoin le Croisé. »

 

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